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« Bienvenue à Sadismus », disent-ils.

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Erell Edelweiss
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MessageSujet: « Bienvenue à Sadismus », disent-ils. Sam 6 Mar - 19:48

Je m'ennuie. D'où je suis, je vois le paysage défiler dans une lenteur exaspérante. Il y a d'abord le commissariat qui n'a pas du tout la même image que tout à l'heure, lorsque je m'y suis rendue. Maintenant, je fais du tourisme dans Berlin, je vois ses quelques monuments dont la beauté me laisse de marbre. Mais surtout, c'est les rues, banales et sobres que j'observe. Le fourgon ne s'arrête pas et le décor file en même temps que les heures. Seul le vrombissement du moteur coupe le sublime silence qui s'est installé. Sur le banc en face de moi, il y a deux policiers armés qui m'escortent depuis le tribunal. Ils ne dialoguent presque pas entre eux, me laissant dans une quiétude reposante. Il ne fait pas spécialement froid, je crois même qu'ils n'ont pas mis le chauffage. A travers les épais nuages blancs d'un nom trop barbare, on peut remarquer quelques rayons de soleil. Enfin de ce que j'en déduis. A vrai dire, on ne voit pas très bien par la petite fenêtre. Les arbres que je peux voir s'inclinent au gré du vent, m'offrant une danse divertissante.

Bizarrement, le van s'arrête déjà. C'est passé vite. Je n'ai eu qu'à peine le temps d'analyser l'environnement. Je n'ai pas pu penser à tout ce qu'il vient de se passer. Mais c'est vrai, j'aurais tout le reste de ma vie pour prendre conscience de mes péchés et de mon jugement. Peut-être espèrent-ils que je vais finir par regretter et me repentir. Mon avocat a oublié de leur préciser que je suis bien trop orgueilleuse pour cela. Les deux condés qui ont ouvert les deux portes à l'arrière me font passer d'une petite fenêtre à un univers agressif qui s'étale sous mes yeux. Je n'ai aucune envie de le rejoindre. Je préfère rester dans mon agréable camion cellulaire à regarder le soleil en écoutant le chant des oiseaux.

L'un des flics commence à hausser le ton, impatient et fatigué de m'attendre. Je courbe mon dos et me relève dans une lenteur déconcertante. C'est bon. Tais toi. J'arrive. Je ne suis pas sourde ni aveugle. Tu as attendus tout le trajet, tu peux bien patienter encore légèrement, que je me sépare totalement de ma vie citoyenne. En descendant du fourgon, j'observe petit-à-petit ce qui m'entoure. D'abord, il y a les policiers. Ils ont l'air épuisé du voyage et de leur travail. Ils ne parlent toujours pas entre eux, préférant me crier dessus. Peut-être que de se retrouver face à moi anime en eux la flamme de haine qui les a motivé à devenir un officier de la justice. Ils doivent être fiers d'avoir arrêté et condamné une criminelle telle que moi. Dans leurs yeux pourtant, je ne lis que de la pitié. De la pitié pour moi qui, menottée et accompagnée d'un sac à dos presque vide, avance tête baissée vers une vie que j'ignore. Ils savent que là où je vais est la pire des sentences. Pire que la peine de mort, pire que l'Enfer. L'un des gendarmes a une moustache et un début de barbe, les cheveux bouclés, bruns et décoiffés. Je lui donne la cinquantaine. Le poids de l'âge, des Donuts et des bières ingurgités semblent peser sur toute son apparence. Il a l'air plutôt gentil, aimable. Certainement pense-t-il à sa femme et ses enfants. Je l'imagine bien avec une famille. Le deuxième est blond vénitien, il a un visage allongé et de petits yeux enfoncés. Quelques tâches de rousseur à peine visibles ornent ses joues et son nez. Il me fait penser au héros d'une série policière américaine. Il a l'air tout aussi sympathique que son collègue quoique plus simplet. Ces hommes-là ne me font pas peur. Ils ont l'air inoffensif, hors, l'idée que ce soit eux qui m'accompagnent jusqu'en prison est d'un humour très crispant.

Ensuite, il y a le paysage, mais il m'intéresse encore moins que mes gardes du corps. Dans un rayon d'une dizaine de mètres, le champ est dégagé tandis que trône au centre un gigantesque bâtiment, comme s'il était le centre de la Terre et que le reste de l'univers subissait la loi de l'héliocentrisme. Un silence de mort pelotonne l'air d'une façon déplaisante. Le soleil toujours à peine visible paraît beaucoup plus loin dans le ciel, comme s'il ne pouvait réchauffer les murs de pierre de l'établissement. Le vent gèle mon corps malgré mes vêtements.

Les lourdes portes de la prison s'ouvrent. Elles sont bien plus grandes que moi, prêtes à m'engloutir. Je marque un temps d'arrêt. Évidemment, je sais que je vais dans une prison d'où je ne suis pas censée sortir et non dans un camp de vacances mais je suis une idéaliste. Un pressentiment acerbe me comprime pourtant les tripes. Cette fois je sais que c'est trop tard. Je suis fichue. Je suis une prisonnière, une vraie, qu'on a fouillé, dépouillé, réquisitionné, humilié. Je suis une souris qui se rend dans sa cage. Une bête qui se rend à l'abattoir. Mais je m'enfuirais avant la fin. C'est obligée. Je suis un corbeau. Je suis faite pour voler. Je suis faite pour la mort et la liberté. Je suis un corbeau prêt à retrouver le ciel par n'importe quel moyen. Coupez-moi les ailes et je me construirais un avion. Encore une fois, ce sont mes amis les policiers qui m'obligent à avancer et j'obéis sans un mot. Ma curiosité est aussi satisfaite que mon égo est trahi. J'aimerais me dire que je sens que je vais me plaire ici, malheureusement, ses mots ne viennent pas. La prison est sombre, glauque. Déprimante. Presque. Je n'ai pas peur. Je ne connais pas la peur. Pas encore.
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