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Tu devrais, ça rend aimable. [Mercy]

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MessageSujet: Tu devrais, ça rend aimable. [Mercy] Sam 22 Mai - 18:53

[suite de l'entrée aux portes, 'Tu aimes les colliers en bonbon ?']

Jambes de côté, dos droit, un coude posé, l’air de rien, l’air de tout, sur la table beige. Un sourire en coin comme gravé dans ma peau lisse. Je la regarde. Bonjour beauté. Parle-moi. Parle-moi plus fort, et plus longtemps, que je te cerne. L’éclat de mes dents blanches. Que tu me donnes des armes, des ficelles, et des mots qui blessent.
Elégance duplice du voyou poli.
Bel accent. J’ai pas compris la moitié. Pas tout de suite. Faut dire que tu parles l’anglais comme on lutine une nonne. Sans beaucoup de résultats. J’ai pas grand chose à dire, de mon côté, mais bon. Moi, c’est différent. Mon accent met l’ambiance, et je ne suis pas prêt de faire des efforts de ce côté-là. Je suis patriote, en ce sens.
Elle me sort un nom chelou, auquel je ne prête guère d’attention. Les noms, on les perd, on les cache, on les avale et on les oublie, histoire de pas trop se rappeler de qui nous appelait comme ça dans la vie d’avant. Ru-Era. Un truc dans le genre. Si je l’appelle Ruru, elle se vexe ?

Pasqu’elle a sacrément l’air d’avoir un bon balai dans le cul, la brunette. Du genre en titane renforcé, made in J’t’emmerde-Dégage-Land, le pays des mecs chiants. Je tire une moue moqueuse devant son refus laconique. Poupée je t’aime, poupée t’es dure avec mon cœur tendre. Ahah. Je fais breveter ces paroles et je me fais un fric fou question musique à touristes. Mon petit doigt vient grattouiller ma tempe, et je me plonge, très absorbé, dans la contemplation de l’austère plafond qui me tient lieu de ciel depuis près de quinze ans.

Elle se lève, prononce quelques mots dont je n’ai rien à foutre, et s’évapore.
Sur mes traits infantiles, un sourire carnassier.

J’avale sans y penser le contenu de mon plateau. Mieux vaut ne pas trop regarder ce que l’on ingère, dans le coin. Et je n’ai jamais vraiment pris de plaisir dans la nourriture. Manger est pour moi quelque chose de très fonctionnel. Et puis je crois que j’ai grillé mon sens du goût à force de me gaver de trucs sucrés. Je repose la fourchette en plastique. Vraiment pas une bonne arme. Du moins selon les types de l’other side, les mecs libres, les gadjos propres et blancs comme un lièvre en hiver. Mais je t’assure que d’être forcé à avaler les bris secs d’une cuillère en plastique, y’a quand même plus bandant. Technique personnelle. La force de l’imagination. On va dire.

Je me lève sans un bruit, dépose mon plateau, et plantant les mains dans les poches de mon pantalon sombre, déserte le réfectoire encore bondé. Je ne gagne pas tout de suite ma nouvelle cellule. Un nouveau numéro. Le changement, ça fait du bien.
Par contre, mon matricule est resté le même. Numéro quatre. Je porte à mes lèvres une cigarette que je viens de récupérer par les bon soins d’une Araignée, un de ces taulards qui bossent pour moi, pour la Spug, pour le fric. Je ressens toujours une certaine fierté, peut-être déplacée –mais j’aime ce qui est pas à sa place, donc ça va- à voir mes Araignées, mes Sucres, s’activer avec cette rigueur salvatrice que j’ai su leur imposer. Tout ça est à moi. C’est une machine qui roule à la perfection, a des codes, et surtout, rapporte. L’argent ne me sert pas à grand chose, en taule. Mais je tire de mon commerce une très grande satisfaction.

Je tire sur ma clope, et enchaîne sur une bouffée de mon inhalateur. Sans ce truc, je pourrais pas fumer. Je m’étoufferais avec la fumée. Et tousser, c’est pas classe. J’aime pas être tout rouge. Et ça cadre pas avec mon image. Parce que cette image, que je projette, que les gens ont de moi, fait partie du business de la Spug. Je suis impeccable, je suis droit, je suis stable. Ma grande silhouette qui se balade avec une élégance tapageuse fait partie du décors. C’est rassurant. Mais je sens que je fais peur, aussi. Je fais peur parce que moi je n’ai pas peur. Certains me prennent pour un taré. Je les laisse faire. Ils se tiendront à distance, et me croiront capables de tout.
Je ne suis pas taré. Je suis cartésien.

J’évite les gardiens.
L’hormone du maton moyen, libre comme un frelon sous dope dans cette prison précise, s’éveille te souvent à la tombée de la nuit. Je croise quelques vieux de la Spug, transférés avant moi. Encore une fois, je m’informe. Je veux savoir. Je dois tout savoir. Pour ça, j’ai une mémoire phénoménale. Je me souviens de chaque nom, de chaque âge, de chaque visage de mes bébés.

Je cille.
Je crois que je fatigue un peu. J’ai parcouru une bonne partie du globe en assez peu de temps. Faut dire que y’a marqué ‘made in Japan’ sur mon caleçon. Je réprime un bâillement. J’ai un peu trop tiré sur mes cordes. Je décide de rejoindre ma cellule. J’ôte la chemise gris sale que j’ai dû passer sur un genre de débardeur blanc qui tient lieu de maillot de corps. Je descends subtilement mon fute sur mes hanches, pour dévoiler mon magnifique sous-vêtement imprimé de fraises tagada, pièce majeure de ma collection. Voilà. Allure de gangster flamboyant. Avec mes mains scarifiées –ce que j’impose à tout haut membre de la Spug, donc que j’ai dû m’infliger aussi, pour montrer l’exemple : à mon sens, un bon chef, c’est le mec qu’a fait le pire avant ses sous-fifres, donc bon, charcutage imposé – l’anneau à mon oreille, les tatouages que j’arbore, et mon air dignement méprisant, le costume du grand vilain est complété.
Cookie, le sucré chef de la Spug.

Je mets tout de même un certain temps à trouver ma cellule. Le parcours n’est pas fléché, et je n’ai pas envie de demander à un gardien. Je croise des gens, vois des choses pas forcément bonnes à répéter, mais je n’interviens pas tant qu’on a pas les moyens de se payer mes services. J’estime que les nouveaux qui n’entrent pas dans ma maison sont des demeurés. Je vais pas leur venir en aide, non plus.

Cellule. Bonjour maison.
J’espère que y’a de la jolie croupe. Je suis de ce genre de mec qui n’aime s’endormir à côté d’un truc velu. J’adresse une prière au dieu des pervers. Blonde. Blonde. Blonde, à forte poitrine ! Bof. Remarque que j’aime aussi ce qu’on peut tenir dans le creux de sa main. Je rectifie mentalement : blonde tout court.
J’entre.

Petite pause.
Je fais un pas en arrière, histoire de vérifier le numéro peint sur le mur de la cellule. Un sourire mauvais étire mes lèvres. Dieu des pervers, t’as mal compris ma demande, mais foutre, j’aime quand tu te trompes.

« Hello Ru-Era. »

Je jette un coup d’œil à la table esseulée dans un coin de la chambre. Mes maigres possessions y on été jetées à la va-vite. Je m’en approche, et récupère mon carnet noir, mon bic, un bracelet très sobre de métal, des capotes, une enveloppe contenant un cliché délavé par le temps. Je range le tout, et avec soin, dans l’armoire de métal que Ruru, deux inconnus, et moi-même, partageons. Je ne garde que la photo que je glisse dans ma poche arrière, et grimpe sur un des deux lits en hauteur. Hasard innocent, au-dessus de celui de Ruru. Je planque la photo entre le matelas et le mur. Auquel je m’adosse, mes grandes jambes pliées devant moi, pieds appuyés contre la rambarde de métal du pieu. Je ferme les yeux une poignée de minutes, m’imprégnant de l’ambiance, des sons, de la touffeur .de la cellule. J’entends sa respiration, à elle. J’imagine son corps et mes doigts dessus, pensée furtive. Puis je sors de ma semi-léthargie. J’agrippe de mes jambes la rambarde, et laisse pendre mon torse dans le vide. Tête en bas, bras croisés, je contemple la demoiselle d’un air amusé. Je suis un macaque, j’y peux rien.

« Tu n’es pas très polie. On dit ‘bienvenu’. Déjà que t’as une tête à attirer les emmerdes, t’as intérêt à garer ton cul et à filer doux, Ruru. »

Gentil Cookie, c’est fini. Place à Dark Cookie. C’est de sa faute, les filles qui me résistent me rendent tout chose. Je lui souffle un baiser, et me contorsionne pour me retrouver les pieds au sol.
On ne refuse pas Cookie. Tu vas le comprendre assez vite.

Je m’éloigne pour m’appuyer aux barreaux. J’allume une clope, tire plusieurs taffes, et pour compenser, m’envoie un nombre raisonnable de pshits de Ventoline. Min « rendez-vous » ne tarde pas à se pointer. Deux anciens de la Spug. Un mec dans le genre trapu, l’œil stable, la parole lente, et l’autre, grand, fin, les tifs décolorés : le célèbre Akito.
Pour faire bonne mesure, on se met à causer en japonais. Je lance quelques œillades amusées à ma ‘coloc’, puis mes deux Araignérs m’imitent, et nous partons d’une hilarité tranquille. Je leur demande un petit service. L’affaire est menée, ils détalent.

Sans plus de cérémonies, je me tire.
Direction, la douche. Je t’aurais bien proposé de te montrer où c’était, mais mon petit doigt me dit que je me serais fait rembarrer comme un vieux plouc. En shampouinant mes tifs, je souris en pensant à ce que tu es en train de subir, par mes soins.

Disons que j’ai donné un ordre à Akito. Qui en a donné un autre, à quelqu’un d’autre. Résultats, là, sensément, y’a deux vilains loustics qui viennent d’entrer dans notre cellule. Appelons-les Duduche et Dodoche. Duduche t’emmerde pour avoir ton fric. Dodoche retourne tes affaires. Mais ils te touchent pas. Je touche pas aux femmes. Ils te flanquent juste une bonne vieille frousse.
On ne refuse pas Cookie.

J’enfile caleçon et pantalon, et, serviette sur l’épaule, trace pieds nus et cheveux humides le chemin jusqu’à ma nouvelle maison. En chemin, je croise deux de mes Sucres. Je les reconnais au bracelet rouge, à leur poignet. Je leur offre un sourire complice. Des vieux de la vielle. Enfin : des vieilles de la vieilles. Deux femmes, que je connais bien, et qui pensent peut-être me connaître. Notez qu’il y a aussi des Sucres mâles. Deux mots, et toutes deux me suivent. La première, Lila, a la peau couleur chocolat, et des yeux noirs à damner son homme. L’autre répond au doux nom de Mel, et est aussi pâle que rousse.

Cellule. J’entre, tenant mes deux bébés par la taille.
Pourquoi ? Parce que j’ai juste envie de l’emmerder. J’ai déjà commencé, je sais. Mais quand je fais un truc, surtout des crasses, j’y vais à fond. Certes, je ne touche pas à mes Sucres. Mais elle, ne le sait pas. L’ignorant, je m’assied sur cette chaise, en face de la table dont j’ai parlé plus haut. Lila s’assied sur mes genoux, et Mel se met en tête de me sécher les cheveux. Je sais que mes deux loubards se sont tirés. Qu’elle doit être un peu sous le choc, malgré ses airs de soldate de fer. Je veux la faire enrager. Je veux lui montrer que j’ai tout ce qu’il faut pour lui mener une vie pourrie. Lui imposer mon rythme, mon job, mes ébats. Lila sort de sa poche un morceau de ficelle noire, qu’elle attache autour de mon cou. Le signe distinctif des Araignées.
Mon personnage est complet.

Mel peigne maintenant mes cheveux en arrière. Yeux clos, j’en ronronne presque, imaginant avec délectation la gêne que je cause peut-être à ma nouvelle amie. Puis je me lève, et m’appuie une fois de plus aux barreaux. Nous nous soufflons quelques mots à l’oreille, Lila me claque les fesses en m’appelant ‘mon chou’, Mel s’allume une clope. J’ai du respect pour ces filles. Je crois. Même si elles me donnent des surnoms, et me câlinent un peu comme un chiot, je les toucherai jamais. Certaines croient que je suis impuissant, d’autres que j’aime pas les femmes. J’ai juste une conscience aiguë de la démarcation entre boulot et personnel.

Enfin, j’accorde un regard à la brunette. Un regard surpris, sourcils hauts, comme si je venais de découvrir sa présence.

« Tu fais une drôle de tête, qu’est-ce qui va pas, mon canard ? »
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Mercedes Saldaña-Llevora
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MessageSujet: Re: Tu devrais, ça rend aimable. [Mercy] Mar 27 Juil - 16:55

Et le voilà qui vient se balancer sous mon nez, comme un sapajou accroché à sa branche. Un sapajou, oui, parfaitement. Croyez-moi, c’est le mot qui convient le mieux. Gorille, chimpanzé, orang-outan… Non, non et non. Il n’y a pas ce truc, ce petit quelque chose qui fait que l’on prend un pied monstre à traiter quelqu’un de sapajou, même si ce n’est que mentalement. Remarquez, macaque sonne bien aussi. Le problème, c’est qu’il y a une consonance péjorative au mot « macaque », qui laisse sous-entendre « stupide ». Et j’ai bien peur que Citron soit tout sauf stupide. That’s the fucking problem. Si encore il l’était. Mais non. Un type intelligent peut très bien se faire passer pour un abruti. L’inverse, c’est déjà plus difficile, t’es grillé dès que t’ouvre ta gueule.
Puis j’ai pas aimé le sourire qu’il a eu, tout à l’heure. Vraiment, y’a rien qui me plaît chez ce type, vraiment rien. Et j’ai comme l’impression que partager ma cellule avec lui ne va pas arranger les choses. Bref, tout ça pour dire que sapajou, ça lui va très bien, vu que je ne peux pas le traiter de macaque. Remarque, un sapajou, c’est mignon. Et lui… Enfin voilà quoi. Oh et puis merde, si je peux même plus l’insulter sans qu’il me prenne la tête !
Il m’énerve. Franchement.

« Luela. Pas Ru-Era, et encore moins Ruru. »

Autant mettre les choses au clair tout de suite. Mais avant tout, rester calme. Déjà qu’il m’énerve, il ne manquerait plus que je le lui montre. J’ai toujours été impassible, toujours, il est hors de question qu’il soit le premier à me mettre hors de moi. Néanmoins, ce n’est pas l’envie de lui en coller une qui me manque : parce que non seulement je ne supporte pas sa manière de déformer mon –pseudo-prénom, mais en plus je ne supporte pas sa façon de me parler. J’ai clairement l’impression qu’il me prend pour une demeurée, une bleue, et il ne semble faire aucun effort pour le dissimuler.
C’est particulièrement agaçant.
Puis ce sourire crétin qu’il arbore tout en continuant de se balancer dans le vide. J’ai le mal de mer rien qu’à le regarder.

« Message reçu. Maintenant, t’es gentil et tu me fous la paix, ok ? Dégage. »

J’ai pas plus poli.
Merde quoi. Je déteste qu’on me menace, même implicitement.
Même si, au fond, je dois bien que j’ai un peu la trouille, quand même. Un peu. Mais suffisamment pour que ça m’énerve de me laisser impressionner par les menaces de ce demeuré prétentieux. Et regardez-le maintenant, qui joue les grands, entouré de ses deux chiens de garde, alors que c’est tout juste s’il ne s’envoyait pas un tube entier de ventoline.
Et en plus de ça, il a des clopes. Bon Dieu que je le hais. Sans compter qu’ils commencent à baragouiner le japonais-mandarin tout en se foutant copieusement de ma gueule. Evidemment, j’y comprends rien, ils peuvent tout se permettre. Trop facile.
Sans compter que cette gentille discussion entre amis me met mal à l’aise, mine de rien. Franchement, je le sens pas. Enfin. Ignorer. I-gno-rer. Impassible on a dit. Du coup, je m’allonge sur le lit, le regard faussement perdu dans le livre que je tiens dans ma main gauche. Je ne me souviens plus du titre. Je ne sais même pas ce que je lis. Je ne sais même pas si je sais encore lire, tout simplement. Tout ce que je sais, c’est que je ne veux plus les voir. Que je ne veux plus le voir.
Enfin, il s’éloigne, précédé de ses deux acolytes.
Je soupire. Et respire.
Un peu de calme.

[…]

Cela n’aura pas duré longtemps, évidemment. « Sinon ce n’est pas drôle », hein ? Arrêtez, je la connais, on la fait tout le temps dans les films. Et là, bizarrement, j’ai l’étrange impression d’être tombée en plein dans un mauvais roman.
En même temps, avec tout ce qui s’est passé, je suis sûre qu’il y aurait de quoi faire un petit film sympa avec ma vie. Enfin. Tout ça pour dire que, à peine Citron a-t-il déguerpi que deux affreux jojos sont venus le remplacer. Sur le coup, j’ai pas trop capté ce qu’ils faisaient là. Mais quand affreux jojo numéro un a commencé à me secouer gentiment pour savoir où était « mon blé », là, j’ai compris que ça allait pas aller entre nous. J’ai été brièvement tentée de lui répondre que mon job à moi, c’était terroriste, pas paysanne, mais vu la taille et la tête du type, ne m’en voulez pas si je vous dis que j’ai renoncé. Dans les films, l’héroïne le fait, parce qu’il y a toujours un beau mec musclé qui vient lui sauver la mise au dernier moment. Là, si c’était pour voir Jackie Chan entrer en action, pas la peine, j’ai préféré encore me taire.
Seulement voilà, affreux jojo numéro 2 s’est mis en tête de balancer mes affaires par terre, et quand j’ai entendu ce bruit de verre brisé, j’ai comme qui dirait… Un peu pété les plombs. Il y a peu de sujets sensibles chez moi. Très peu.
David en est un. Cette photo, c’est la seule chose qui me reste de lui désormais.
Il n’avait pas à y toucher.
Ca s’est passé très vite. J’ai hurlé, je crois. Un gardien a débarqué, les deux ont filé sans demander leur reste, j’ai eu droit à une réprimande, pour la forme. Et voilà, terminé. Et me voilà plantée là maintenant, toute seule dans cette cellule sombre et froide.
J’ai le cœur qui bat. Fort. J’ai eu peur, je crois.
J’ai peur. Parce que je viens de réaliser que, aussi grande ma gueule soit-elle, ici, je ne suis rien. Je n’ai rien, à part mes poings pour cogner et ma bouche pour crier. Peu de choses, toutes en somme. Mais ça, hors de question de l’avouer. Ca Lui ferait trop plaisir.
S’il me croit assez stupide pour ne pas comprendre son manège… Debout devant le saccage, je serre les poings, presque inconsciemment. Avant de m’agenouiller, lentement ; du bout des doigts, j’extirpe délicatement le papier glacé de son cadre brisé ; le contemple, l’espace de quelques secondes, y passe un index, tendrement.
Je pleure, silencieusement.
J’ai mal au cœur.

Je l’ai senti arriver avant même de l’entendre. Rien que sa présence, son aura m’indisposent. Je hais ce type, je le hais. Et en plus de ça, il n’est pas seul ; j’ai beau ne pas l’avoir regardé entrer –trop occupée à remettre de l’ordre dans mes affaires si gentiment triées par affreux jojo numéro deux-, ça aussi, je l’ai senti : entêtant parfum féminin et gloussements stupides. Pourquoi cela ne m’étonne-t-il pas, étrangement ? Quoi qu’il en soit, hors de question de lui accorder ne serait-ce qu’un regard : bien trop fière et entêtée pour ça.
Pas après ce qu’il a fait. Il me le payera. Mais pour l’heure, je me contente de terminer de ranger : quelques pulls –noirs-, deux-trois pantalons –larges, sombres-, des sous-vêtements –classiques-, une paire de chaussures –épaisse-, une serviette de bain –douce-. Pas de bijoux, pas de pyjama, pas de maquillage, rien. Une brosse, deux livres, un cahier et un stylo.
Et cette photo, que je me refuse à abandonner dans cette armoire. J’ai bien trop peur de la voir disparaître. Alors pour l’instant je me contente de la serrer, là, contre mon cœur, avant de me résoudre à la plier et à la glisser dans ma poche.
Au moins, je suis sûre qu’il n’ira pas fouiller là. Et s’il essaye… Qu’il essaye, seulement. Ca me fera une bonne raison pour lui mettre enfin la gifle que je rêve de lui coller depuis tout à l’heure.

« Tu fais une drôle de tête, qu’est-ce qui va pas, mon canard ? »


Bizarrement, je sens qu’il n’aura pas besoin de me mettre la main à la poche.
Lentement, j’inspire. Puis j’expire, tout en refermant le même livre dans lequel je m’étais plongée tout à l’heure pour tenter de lui échapper ; allongée sur le lit, je me redresse, puis me tourne vers lui. Arque un sourcil surpris : C’est qui ces putes ?
Je sais : la réponse est dans la question. N’empêche que. De haut en bas, je dévisage la brune, puis la rouquine : jolies, séduisantes même, et elles le savent. Il suffit de voir la façon dont elles sont habillées.
Le genre de gonzesses que je ne peux pas piffer quoi. Ô joie. Comme si un ne suffisait pas.
Enfin, je consens à poser les yeux sur lui : plus froid comme regard, j’ai pas. Si avec ça, il a pas compris qu’entre nous, ça sera jamais possible, alors là je ne sais pas quoi faire.

« Ce qui ne va pas ? »

Pour une fois que je peux regarder quelqu’un de haut, je ne m’en prive pas ; pourtant, même assis, il presque aussi grand que moi. Presque. C’est rageant. Raison de plus pour lui cracher mon venin à la figure, remarque.

« Voy a decirlo, lo que es el problema. »

Ah, toujours cette vilaine tendance à reparler en espagnol dès que je disjoncte un peu. Une sale manie un peu ridicule parfois, je dois l’avouer, surtout qu’il ne doit rien y comprendre. Mais bon, pour être franche avec vous, je m’en fous un peu. Voir complètement : j’ai pas envie de lui faire le cadeau.
Bras croisé, je redresse le menton, lui décroche un regard assassin, tout en ignorant royalement miss monde un et deux (Un ou une, ça lui suffit pas faut croire, non, deux, toujours deux. Il a un problème avec les nombres pairs ou quoi ce type ?)

« Le problème, c’est toi. Toi, et ta sale gueule de macho prétentieux, persuadé que je vais lui bouffer dans la main parce que je viens d’arriver et que je ne connais rien de rien à ce qui m’entoure. »

J’inspire. Du calme Mercy, du calme, ou dans trente secondes, tu lui exploses à la figure. Le regard menaçant, je pointe un index accusateur vers son torse. Cependant, ma voix est calme, froide, lourde d’une colère contenue :

« Alors je vais te dire, Cookie, oui je suis nouvelle, et effectivement, je connais rien de rien au milieu carcéral, et je vais sûrement m’en prendre plein la figure, effectivement. »

Mains sur les accoudoirs de la chaise, je me penche vers lui, le visage à quelques centimètres du sien mes yeux gris plantés dans ses prunelles noires.
Bénis soient les cols roulés.

« Mais si tu crois que cela te donne le droit de me menacer et de t’immiscer dans ma vie pour tes petites affaires et ton profit personnel, crois-moi, tu te fous le doigt dans l’œil jusqu’à ce qu’il te reste de cerveau. Un bon conseil, fous-moi la paix, et tout ira très bien entre nous. »

Je crois qu’à ce stade-là, on est déjà au top niveau de la relation entre colocataires. Sans rien ajouter de plus, je me redresse, l’ignorant superbement, lui et ses filles : c’est simple, à partir de maintenant, il n’existe plus. Je refuse de le laisser me pourrir la vie, pas dès le début. Hors de question.
Sonnerie. Dehors, tout le monde s’agite d’un coup : les mâtons gueulent, les prisonniers jurent. Après deux-trois mots doux et une caresse, miss monde un et miss monde deux s’en vont, et nous voilà seuls.
Regard en coin, par-dessus la couverture de mon livre.
C’est entre toi et moi maintenant, c’est ça ?
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